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L'Art de l'Impression sur Soie - 1 - Voyage en Chine Ancienne
par Patrick le 06 fév. 2025
La Chine est considérée comme le berceau de la sériciculture et du travail de la soie, avec des découvertes archéologiques attestant cette pratique depuis plus de 5000 ans. Des cocons et des outils de tissage datant du néolithique ont été retrouvés sur plusieurs sites, notamment à Hemudu (province du Zhejiang). Les plus anciennes soieries préservées remontent à environ 3000 ans avant notre ère.

La légende attribue la découverte de la sériciculture à l'impératrice Leizu (également connue sous le nom de Xi Ling-Shi), épouse de l'Empereur Jaune (Huangdi), qui aurait découvert les propriétés du cocon de ver à soie après qu'un cocon soit tombé dans sa tasse de thé chaud. En observant le fil se dérouler, elle aurait eu l'idée de tisser ce matériau. Bien que légendaire, ce récit souligne l'importance culturelle de la soie dans l'identité chinoise.

La soie est rapidement devenue un produit stratégique, à tel point que sa technique de fabrication fut gardée secrète pendant près de 3000 ans, sous peine de mort pour quiconque tenterait d'exporter des vers à soie ou de révéler le processus.
Techniques d'impression et méthodes de teinture traditionnelles sur soie
1. Techniques traditionnelles d'impression sur soie

1-1 - L'impression au bloc de bois (木版印花, mùbǎn yìnhuā)


Cette technique, apparue sous la dynastie Tang (618-907), consiste à graver des motifs en relief sur des plaques de bois dur (généralement du poirier ou du jujubier). Le processus comprend plusieurs étapes :

- Préparation de la soie avec des mordants pour fixer les colorants
- Application de la pâte colorante sur le bloc de bois
- Impression par pression du bloc sur le tissu
- Fixation des couleurs par vaporisation ou autres traitements


Pour les motifs multicolores, plusieurs blocs sont utilisés en succession précise. Cette technique a atteint son apogée sous les dynasties Ming et Qing avec des impressions d'une finesse remarquable.


1-2 - La peinture à main levée (手绘, shǒuhuì)


Cette méthode artistique consiste à appliquer directement les colorants sur la soie à l'aide de pinceaux fins. Elle requiert une grande maîtrise et permet de créer des œuvres uniques :

- Technique du contour : application des contours à l'encre suivie du remplissage avec des couleurs
- Technique sans contour (没骨画, mògǔ huà) : application directe des couleurs par couches successives


Cette méthode est particulièrement utilisée pour les éventails, les paravents et les rouleaux décoratifs.


1-3 - La teinture par nouage (扎染, zā rǎn)


Similaire au tie-dye, cette technique consiste à nouer ou plier le tissu avant de le plonger dans des bains de teinture. Les zones nouées résistent à la couleur, créant des motifs uniques. En Chine, cette technique est attestée depuis la dynastie Tang et a évolué en différents styles régionaux.


2. Méthodes de teinture traditionnelles

2-1 - Teintures naturelles et mordants


Les teinturiers chinois ont développé un savoir-faire exceptionnel dans l'extraction et l'utilisation des colorants naturels :


- Bleu : Indigo (蓝草, lán cǎo), extrait du polygonum tinctorium - Rouge : Garance (茜草, qiàn cǎo) et carthame (红花, hóng huā)
- Jaune : Gardénia (栀子, zhī zǐ) et sophora (槐花, huái huā)
- Noir : Combinaison de tannins et de composés ferreux
- Pourpre : Écorce de grenade et autres sources végétales


Des mordants comme l'alun, les cendres et divers minéraux étaient utilisés pour fixer les couleurs et obtenir différentes nuances.


2-2 - Techniques de résistance à la cire (蜡染, là rǎn)


Cette méthode, comparable au batik, implique l'application de cire chaude sur certaines parties du tissu avant la teinture. La cire protège ces zones de la couleur. Après refroidissement et teinture, la cire est retirée par ébouillantage, révélant le motif. Cette technique a été perfectionnée dans les provinces du Yunnan et du Guizhou.



Régions de production et types emblématiques de soieries
1. Principales régions de production et leurs spécialités

1-1 - Suzhou et Hangzhou


Ces villes du delta du Yangtsé sont historiquement les centres les plus importants pour la production de soie. Suzhou est particulièrement renommée pour ses brocarts yun jin (云锦) et ses soies double-face. Les ateliers impériaux de Hangzhou produisaient les plus belles soieries destinées à la cour.


1-2 - Nanjing


Célèbre pour son brocart de nuages (云锦, yún jǐn), caractérisé par des motifs complexes de nuages, dragons et phénix réalisés avec des fils d'or et d'argent. Cette technique nécessite des métiers à tisser particulièrement complexes.


1-3 - Chengdu (Sichuan)


Le brocart de Shu (蜀锦, shǔ jǐn) est réputé depuis 2000 ans pour sa finesse et ses couleurs éclatantes. Les motifs traditionnels incluent des paysages, des animaux mythiques et des scènes littéraires.


1-4 - Sud-ouest (Guizhou, Yunnan)


Ces régions sont connues pour leurs techniques de teinture à la cire et à l'indigo, particulièrement dans les communautés ethniques comme les Miao, Dong et Bai. Les motifs reflètent souvent la cosmologie et les mythes locaux.


2. Types emblématiques de soieries chinoises

2-1 - Brocart (锦, jǐn)


Tissu complexe intégrant des fils d'or, d'argent ou de soie colorée pour créer des motifs en relief. Les principaux types incluent :
- Brocart de Nanjing (南京云锦, nánjīng yún jǐn)
- Brocart de Sichuan (蜀锦, shǔ jǐn)
- Brocart de Suzhou (宋锦, sòng jǐn)


2-2 - Damas (缎, duàn)


Soie au tissage satiné avec des motifs créés par le contraste entre les surfaces mates et brillantes. Le damas de Hangzhou était particulièrement prisé pour les vêtements de cérémonie.


2-3 - Gaze (纱, shā)


Tissu léger et transparent avec une armure ouverte, souvent utilisé pour les vêtements d'été et les voiles. La "gaze des nuages" (云纱, yún shā) était si fine qu'elle semblait flotter dans l'air.


2-4 - Crêpe (绉, zhòu)


Tissu à la texture froissée obtenue par torsion des fils et traitements spéciaux. Le crêpe de Canton était particulièrement apprécié pour sa texture unique.



Symbolisme et usages traditionnels de la soie
1. Symbolisme et motifs traditionnels

1-1 - Symboles impériaux


- Dragon (龙, lóng) : Emblème de l'empereur et du pouvoir céleste
- Phénix (凤, fèng) : Symbole de l'impératrice et de vertu féminine
- Licorne chinoise (麒麟, qílín) : Présage de bonne gouvernance


1-2 - Symboles de bon augure


- Chauve-souris (蝠, fú) : Homophone de "bonheur" (福, fú)
- Poisson (鱼, yú) : Homophone d'"abondance" (余, yú)
- Pivoines : Richesse et honneur
- Lotus : Pureté et perfection spirituelle


1-3 - Motifs géométriques


- Svastika bouddhiste (卍, wàn) : Symbole d'éternité et de bonne fortune
- Méandre (回纹, huí wén) : Continuité et infini


2. Usages traditionnels de la soie imprimée

2-1 - Vêtements cérémoniels et quotidiens


Les robes dragon de l'empereur, les vêtements de cour des fonctionnaires et les robes de mariage étaient souvent réalisés en soie imprimée ou peinte. La couleur et les motifs indiquaient précisément le rang et la fonction.


2-2 - Objets d'art et décoratifs


- Rouleaux suspendus (挂轴, guà zhóu)
- Éventails peints (扇子, shàn zi)
- Paravents décorés (屏风, píng fēng)
- Bannières et tentures


2-3 - Objets rituels et religieux


La soie imprimée était utilisée pour les suaires funéraires, les vêtements rituels taoïstes et bouddhistes, et les offrandes aux divinités.


Préservation et héritage du patrimoine
1. Transmission et préservation du patrimoine

1-1 - Système traditionnel d'apprentissage


Historiquement, les techniques étaient transmises dans des ateliers familiaux ou des manufactures impériales, avec un système strict d'apprentissage pouvant durer plus de dix ans pour maîtriser les techniques les plus complexes.


1-2 - Protection contemporaine


Plusieurs techniques traditionnelles d'impression et de teinture sur soie sont aujourd'hui inscrites sur la liste du patrimoine culturel immatériel de Chine. Des centres comme le Musée de la Soie de Hangzhou et les ateliers de démonstration à Suzhou participent à la préservation de ces savoir-faire.


2. L'héritage contemporain

Malgré la mécanisation de l'industrie textile, les techniques traditionnelles d'impression sur soie connaissent un regain d'intérêt. Des designers contemporains chinois comme Ma Ke et Guo Pei réinterprètent ces savoir-faire ancestraux dans leurs créations haute couture, tandis que des initiatives gouvernementales soutiennent la formation de nouveaux artisans.


Les méthodes écologiques de teinture naturelle, autrefois délaissées au profit des colorants chimiques, retrouvent également une popularité dans le contexte de la mode durable.


L'art traditionnel de l'impression et du travail sur soie en Chine représente non seulement un artisanat d'une finesse exceptionnelle, mais aussi un témoignage de l'ingéniosité technique et de la richesse culturelle de la civilisation chinoise. Ces traditions millénaires continuent d'influencer l'art textile mondial et constituent un patrimoine vivant que la Chine contemporaine s'efforce de préserver et de transmettre aux générations futures.

Bien que certaines méthodes aient évolué avec le temps, l'esprit de cet art ancien demeure à travers des pratiques modernes, des techniques numériques et la sérigraphie commerciale, qui s'inspirent largement des innovations chinoises traditionnelles.

Chez Carré la française, nous avons le privilège de participer à la préservation d'un art plurimillénaire : l'impression sur soie. En mêlant subtilement tradition et savoir-faire, les créations de Lydie Laac associent des techniques ancestrales telles que l’encre de Chine et l’aquarelle, donnant naissance à des pièces uniques que nous reproduisons sur des carrés de soie d’exception.

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